Publié le 15 mars 2024

Cumuler MaPrimeRénov’ et les CEE peut financer plus de 60% de vos travaux, mais seulement si vous traitez ce projet comme une stratégie d’optimisation financière et non comme une simple formalité administrative.

  • L’ordre des travaux (fenêtres puis isolation extérieure) est un facteur financier, pas seulement technique, qui peut vous coûter des milliers d’euros en cas d’erreur.
  • Valoriser soi-même ses CEE via un délégataire spécialisé peut rapporter jusqu’à 50% de plus que la remise proposée par l’artisan.

Recommandation : Exigez de votre Accompagnateur Rénov’ une validation écrite de la chronologie des travaux et utilisez systématiquement une plateforme de vente directe pour vos CEE avant de signer tout devis.

L’ambition de financer une part substantielle de sa rénovation énergétique globale est au cœur des préoccupations de nombreux ménages. L’objectif de couvrir jusqu’à 60% des coûts grâce aux aides de l’État semble à portée de main, notamment via le cumul de MaPrimeRénov’ (MPR) Parcours Accompagné et des Certificats d’Économie d’Énergie (CEE). Pourtant, la plupart des propriétaires abordent ce dispositif comme une simple succession de formulaires à remplir, en se concentrant sur les conditions de revenus et le choix d’un artisan RGE.

Cette approche, bien que nécessaire, est incomplète et souvent coûteuse. Elle néglige la dimension la plus cruciale du processus : la stratégie. Obtenir ces aides n’est pas une finalité ; l’enjeu véritable est de maximiser leur montant en orchestrant chaque étape avec la précision d’un mandataire financier. La différence entre un projet partiellement subventionné et un projet financé à son plein potentiel ne réside pas dans l’éligibilité, mais dans l’ingénierie de subvention.

Mais si la véritable clé n’était pas de cocher des cases, mais plutôt de maîtriser l’arbitrage financier et le séquençage technique ? Et si des décisions, comme l’ordre de pose des fenêtres ou la méthode de valorisation des CEE, avaient un impact plus important que le choix de l’isolant lui-même ? Cet article va au-delà des guides traditionnels pour vous armer d’une vision stratégique. Nous allons décortiquer les mécanismes, les pièges et les optimisations qui transforment une demande d’aide en un montage financier performant.

Ce guide est structuré pour vous fournir les leviers d’action concrets, de la sélection de votre Accompagnateur Rénov’ à la négociation de votre Éco-PTZ, en passant par les clauses à insérer dans vos contrats pour sécuriser votre investissement et vos subventions.

Mon Accompagnateur Rénov’ : est-il obligatoire pour tous les travaux d’ampleur ?

Oui, l’intervention de Mon Accompagnateur Rénov’ (MAR) est une condition sine qua non pour toute rénovation d’ampleur éligible à MaPrimeRénov’ Parcours Accompagné. Loin d’être une simple contrainte administrative, ce partenaire doit être considéré comme le chef d’orchestre stratégique de votre projet. Son rôle n’est pas seulement de vous aider à monter le dossier, mais de sécuriser votre parcours technique et financier. Un bon MAR vous protège des malfaçons, optimise le bouquet de travaux et valide la cohérence des devis. Son indépendance est donc un critère de choix primordial.

Professionnel consultant des documents d'audit énergétique avec plans de maison

L’indépendance du MAR garantit que les solutions proposées servent vos intérêts et non ceux d’un réseau d’artisans ou de fournisseurs. Il doit être capable de challenger les devis, de proposer des alternatives techniques et de s’assurer que le scénario de travaux retenu est le plus pertinent pour atteindre les objectifs de performance énergétique requis. Selon les modalités MaPrimeRénov’, son intervention est systématique pour les projets visant un gain de plusieurs classes énergétiques. C’est votre principal allié pour transformer une dépense en un investissement performant et sécurisé.

Votre plan d’action : auditer l’indépendance de votre Accompagnateur Rénov’

  1. Points de contact : Listez les entreprises RGE avec lesquelles le MAR a des accords commerciaux ou des habitudes de travail.
  2. Collecte des devis : Exigez qu’il vous présente systématiquement au moins trois devis d’entreprises différentes et non affiliées pour chaque lot de travaux.
  3. Analyse de la rémunération : Questionnez-le directement sur d’éventuelles rémunérations complémentaires qu’il pourrait percevoir de la part d’artisans ou de fournisseurs.
  4. Vérification de l’agrément : Demandez une preuve de son agrément par l’Anah et consultez ses références de chantiers similaires qu’il a accompagnés.
  5. Plan d’intégration : Assurez-vous que son contrat de mission stipule clairement son devoir de conseil indépendant et son rôle dans la réception du chantier.

Ne le choisissez donc pas à la légère : un MAR compétent et impartial est la première brique d’un projet de rénovation globale financé avec succès.

Gain de 35% d’énergie primaire : comment prouver l’atteinte de l’objectif pour toucher la prime ?

L’atteinte du gain minimum de 35% en énergie primaire, souvent synonyme d’un saut d’au moins deux classes DPE, n’est pas une simple déclaration sur l’honneur. C’est l’aboutissement d’un processus rigoureux qui doit être prouvé à l’Anah par un dossier technique irréprochable. La pierre angulaire de cette preuve est l’audit énergétique initial, réalisé par un professionnel certifié. Ce document ne se contente pas de fixer un objectif ; il définit le chemin précis pour y parvenir, en détaillant un ou plusieurs scénarios de travaux. Le respect scrupuleux de l’un de ces scénarios est la condition non négociable pour débloquer la prime.

Étude de cas : deux chemins pour un même objectif

Une maison de 120m² classée F peut atteindre l’objectif de 35% d’économie d’énergie primaire via deux scénarios distincts. Le premier, basé sur une Isolation Thermique par l’Extérieur (ITE) de 20 cm et l’installation d’une Pompe à Chaleur (PAC) air/eau pour un coût de 45 000€, permet de faire gagner au logement au moins 2 classes DPE. Le second, privilégiant une Isolation Thermique par l’Intérieur (ITI) avec 15 cm de laine de verre et une chaudière à granulés pour 38 000€, atteint également le seuil. Chaque option présente des contraintes spécifiques : l’ITE préserve la surface habitable mais requiert une déclaration d’urbanisme, tandis que l’ITI, moins onéreuse, ampute le logement de près de 8m².

Le versement de la prime est conditionné à la fourniture d’un dossier de preuve complet à la fin du chantier. Ce dossier doit démontrer la conformité des travaux réalisés avec le scénario de l’audit. Chaque matériau, chaque équipement et chaque technique mise en œuvre doit être documenté. La moindre déviation non justifiée par un avenant validé par votre Accompagnateur Rénov’ peut entraîner un refus de paiement. La constitution de ce dossier doit donc être une préoccupation de tous les instants, dès le premier jour du chantier.

Pour sécuriser votre subvention, la rigueur est de mise. Conservez précieusement tous les documents suivants :

  • L’audit énergétique initial et, le cas échéant, celui de fin de travaux.
  • Des photos géolocalisées et horodatées avant, pendant et après chaque phase de travaux.
  • Les fiches techniques complètes des matériaux (isolants, fenêtres…) avec leurs certifications (ACERMI, CSTB…) et numéros de lot.
  • Le procès-verbal de réception de chantier, co-signé par vous-même, l’entreprise RGE et votre MAR.
  • Les factures détaillées, mentionnant explicitement les performances thermiques des produits installés (résistance R pour l’isolant, coefficient Uw pour les fenêtres, etc.).

En somme, prouver le gain énergétique est moins une affaire de calculs complexes pour le particulier qu’une question de discipline administrative et de collecte documentaire exhaustive tout au long du projet.

Faut-il changer les fenêtres avant ou après l’isolation des murs pour limiter les ponts thermiques ?

Cette question n’est pas un détail technique, mais un point d’arbitrage financier majeur. Un mauvais séquençage entre le changement des menuiseries et l’isolation des murs peut créer des ponts thermiques significatifs, anéantissant une partie des gains énergétiques attendus et, pire encore, pouvant entraîner des pathologies comme la condensation et les moisissures. La correction de ces erreurs a posteriori est extrêmement coûteuse, avec un surcoût qui peut atteindre entre 2 500€ et 4 000€ par fenêtre, selon les retours d’expérience compilés par l’Anah. La chronologie optimale dépend directement du type d’isolation choisi : par l’extérieur (ITE) ou par l’intérieur (ITI).

L’ordre des opérations est dicté par un principe simple : assurer la continuité parfaite entre l’isolant des murs et celui des menuiseries (ou la menuiserie elle-même). Le tableau suivant synthétise la stratégie à adopter pour chaque cas de figure.

Chronologie optimale selon le type d’isolation
Type d’isolation Ordre recommandé Avantages Risques si mal séquencé
ITE (Isolation Extérieure) 1. Fenêtres
2. ITE
Permet le recouvrement total des dormants (cadres) de la nouvelle fenêtre par l’isolant extérieur, assurant une rupture totale du pont thermique. Un pont thermique résiduel important (jusqu’à 15% de déperdition supplémentaire) si l’ITE est posée avant les fenêtres, car la jonction sera imparfaite.
ITI (Isolation Intérieure) 1. ITI
2. Fenêtres
L’isolant intérieur est posé en premier, puis la nouvelle fenêtre est installée « en tunnel » ou en applique contre cet isolant, garantissant la continuité. Si les fenêtres sont posées avant l’ITI, il faudra reprendre tous les encadrements (tableaux, linteaux) après l’isolation, engendrant des coûts de finition élevés et un résultat souvent moins performant.
Mixte ITE+ITI 1. ITE
2. Fenêtres
3. ITI
Permet une optimisation maximale en traitant chaque mur selon ses contraintes, mais nécessite une planification experte. Un surcoût de 3000 à 5000 euros peut résulter d’une mauvaise planification, notamment si les interfaces entre les deux types d’isolation sont mal gérées.

La décision doit donc être prise en amont, dès la phase d’audit énergétique, en concertation avec votre Accompagnateur Rénov’ et les artisans. Ce choix stratégique doit être clairement inscrit dans les devis et le planning du chantier. Inverser les étapes pour des raisons de disponibilité d’un artisan ou de livraison de matériel est une erreur qui se paie cher, tant sur la facture de chauffage que sur le coût des travaux correctifs.

En conclusion, la question n’est pas de savoir quelle tâche est la plus urgente, mais de respecter l’ordre technique qui garantit la performance et la pérennité de l’ensemble de l’ouvrage.

Démarchage téléphonique pour l’isolation : comment repérer les éco-délinquants en 3 questions ?

Le secteur de la rénovation énergétique, porté par des aides publiques attractives, est malheureusement un terrain de jeu pour des entreprises peu scrupuleuses, voire des escrocs. Le démarchage téléphonique agressif est leur méthode de prédilection, promettant des « travaux gratuits » ou « financés à 100% par l’État ». Il est impératif de comprendre qu’aucune offre sérieuse ne se présente de cette manière. La vigilance est la meilleure des protections, comme le rappelle France Rénov’.

La vigilance est de mise face aux arnaques à la rénovation énergétique. Pour mieux vous protéger, sept conseillers et conseillères France Rénov’ vous indiquent les bons réflexes.

– France Rénov’, Guide anti-fraudes 2026

Face à un appel non sollicité, il ne faut jamais donner d’informations personnelles ni accepter de rendez-vous. Pour démasquer rapidement un interlocuteur suspect, il suffit de reprendre le contrôle de l’échange et de poser des questions précises et déstabilisantes. Un professionnel légitime sera en mesure de répondre instantanément, tandis qu’un fraudeur tentera d’esquiver ou de mettre fin à la conversation.

Gros plan sur téléphone avec reflet d'écran montrant des signaux d'alerte

N’attendez pas qu’ils déroulent leur argumentaire. Prenez l’initiative en posant ces trois questions pièges. Leur réaction sera bien plus révélatrice que leurs promesses.

  1. « Quel est votre numéro de certification RGE exact pour que je puisse le vérifier immédiatement sur l’annuaire officiel de France Rénov’ ? » Un véritable artisan vous donnera son numéro SIRET ou sa raison sociale sans hésiter. Un éco-délinquant deviendra vague, invoquera un « partenariat » ou prétendra que « c’est le poseur qui est RGE ». C’est un signal d’alarme immédiat.
  2. « Votre offre intègre-t-elle la prime CEE ou me laissez-vous la possibilité de la valoriser moi-même auprès d’un délégataire ? » Les arnaqueurs basent leur modèle sur la récupération des CEE à votre insu. Ils vous diront toujours que « tout est inclus ». Un professionnel honnête vous expliquera les deux options et la différence financière.
  3. « Le devis que vous m’enverrez mentionnera-t-il bien la marque, la référence exacte ET la résistance thermique R de l’isolant qui sera posé ? » Les fraudeurs utilisent souvent des matériaux de mauvaise qualité. Ils resteront donc flous sur les spécifications techniques, parlant « d’isolant haute performance » sans plus de détails. Un artisan sérieux détaille toujours ses produits.

En cas de doute, le réflexe à adopter est simple : raccrocher et signaler le numéro. Le financement d’une rénovation énergétique est un projet sérieux qui ne s’improvise jamais au téléphone.

Certificats d’Économie d’Énergie : pourquoi les vendre vous-même rapporte plus que de les laisser à l’artisan ?

C’est l’un des arbitrages financiers les plus méconnus et pourtant les plus rentables pour un particulier. Lorsqu’un artisan RGE vous propose une remise sur votre devis en échange de la récupération de vos CEE, il agit en tant qu’intermédiaire. Il valorisera ensuite ces certificats pour son propre compte, en dégageant une marge. En choisissant de valoriser vous-même vos CEE via un délégataire spécialisé (une plateforme en ligne ou un acteur de l’énergie), vous supprimez cet intermédiaire et captez la totalité de la valeur de votre prime. La différence est loin d’être anecdotique.

Étude de cas : Comparaison chiffrée pour une ITE de 120m²

Prenons l’exemple d’une isolation thermique par l’extérieur (ITE) de 120m² en zone climatique H1. Un artisan propose typiquement une remise CEE d’environ 2 800 € sur son devis. En vendant directement ces mêmes CEE via une plateforme spécialisée, le particulier peut obtenir une prime comprise entre 3 600 € et 4 200 €, selon le délégataire et le cours du MWh cumac au moment de la demande. Le gain net de cette simple démarche est donc de 800 € à 1 400 €, soit jusqu’à 50% de plus. Il est tout à fait possible de cumuler MaPrimeRénov’ et les CEE, mais leur mode de versement diffère selon le parcours choisi.

La démarche est simple : avant de signer tout devis, il faut s’inscrire sur une ou plusieurs plateformes de délégataires CEE, simuler le montant de sa prime et déposer son dossier. Une fois les travaux réalisés par votre artisan RGE, vous n’aurez qu’à fournir les justificatifs (facture, attestation sur l’honneur) à la plateforme, qui vous versera directement la prime. Le choix du délégataire est important, car les prix de rachat et les délais de paiement peuvent varier.

Voici une comparaison pour vous aider à y voir plus clair, basée sur les acteurs majeurs du marché :

Comparaison des 3 principaux types de délégataires CEE
Délégataire Prix moyen/MWh cumac Délai paiement Points forts
Plateforme A (Type « Pure Player » digital) 8,5€ 3-4 mois Interface simple, suivi de dossier 100% en ligne.
Plateforme B (Type « Fournisseur d’énergie ») 9,2€ 5-6 mois Meilleur prix de rachat, accompagnement téléphonique souvent plus poussé.
Plateforme C (Type « Grande surface de bricolage ») 8,8€ 2-3 mois Paiement rapide (parfois en bons d’achat), processus de vérification simplifié.

En définitive, laisser ses CEE à l’artisan est une solution de facilité qui a un coût. Prendre quelques heures pour gérer soi-même ce volet du financement est l’une des décisions les plus rentables que vous puissiez prendre dans votre projet de rénovation.

Éco-PTZ : comment utiliser l’audit énergétique pour débloquer 50 000 € à taux zéro ?

L’Éco-Prêt à Taux Zéro (Éco-PTZ) est un puissant levier de financement complémentaire, mais son plafond maximal est souvent difficile à atteindre. Pour une rénovation d’ampleur, le montant peut grimper jusqu’à 50 000 € remboursables sur 20 ans à taux 0%, à condition de prouver un gain énergétique d’au moins 35%. Or, l’outil qui va convaincre la banque de vous accorder ce montant n’est autre que l’audit énergétique que vous avez déjà financé pour votre dossier MaPrimeRénov’. Il devient votre principal argument de négociation.

L’audit ne sert pas seulement à justifier la performance auprès de l’Anah ; il agit comme un business plan de votre projet de rénovation vis-à-vis de l’établissement prêteur. Il démontre le sérieux de votre démarche, la viabilité technique des travaux envisagés et, surtout, la réduction future de vos charges énergétiques, ce qui rassure la banque sur votre capacité de remboursement. Présenter un dossier Éco-PTZ adossé à un audit énergétique complet et à des devis conformes transforme votre demande de prêt en une proposition d’investissement structurée.

Pour mettre toutes les chances de votre côté et viser le plafond de 50 000 €, il convient d’adopter une approche stratégique en amont et en aval de l’audit.

Votre plan d’action : maximiser l’Éco-PTZ avec l’audit

  1. Anticipation : Avant même la visite de l’auditeur, discutez avec lui de votre objectif de viser un bouquet d’au moins trois actions de travaux performants pour être éligible au plafond de l’Éco-PTZ.
  2. Ciblage : Demandez explicitement à l’auditeur de modéliser un scénario de travaux permettant d’atteindre le seuil de 35% d’économie d’énergie primaire, condition nécessaire pour le prêt de 50 000 €.
  3. Validation : Une fois les devis des artisans RGE obtenus, faites-les valider par l’auditeur pour qu’il atteste de leur conformité avec le scénario préconisé. Ce document de validation est un gage de crédibilité pour la banque.
  4. Mise en concurrence : Présentez votre dossier complet (audit + devis validés) à un minimum de trois banques ayant signé la convention Éco-PTZ avec l’État. Ne vous contentez pas de votre banque habituelle.
  5. Négociation : Mettez en avant le cumul des aides (MaPrimeRénov’ + CEE) qui réduit drastiquement votre reste à charge et donc le risque pour la banque, ce qui peut faciliter l’acceptation de votre dossier.

L’audit énergétique est donc bien plus qu’une simple formalité. C’est la clé de voûte qui articule l’obtention des subventions et le déblocage du financement bancaire nécessaire pour boucler votre plan de rénovation globale.

Pourquoi les devis non-RGE sont-ils systématiquement rejetés par MaPrimeRénov’ ?

Le rejet systématique des dossiers n’incluant pas d’artisans certifiés « Reconnu Garant de l’Environnement » (RGE) n’est pas une simple lubie administrative. C’est une décision fondée sur une logique de gestion des risques financiers pour l’État. En injectant des milliards d’euros dans la rénovation énergétique, les pouvoirs publics exigent une garantie sur la qualité des travaux effectués. Le label RGE, malgré ses imperfections, est aujourd’hui le principal outil pour s’assurer que l’argent public se traduise par de réelles économies d’énergie.

Le label RGE représente un outil de gestion des risques pour l’État qui investit l’argent public et exige une garantie de qualité pour assurer le retour sur investissement énergétique.

– Vincent Jeanbrun, Ministère de la Ville et du Logement

Confier ses travaux à un professionnel RGE est donc une condition non-négociable pour bénéficier de MaPrimeRénov’ et de la plupart des CEE. Cependant, se contenter de la parole de l’artisan est une erreur qui peut coûter cher. La validité et la pertinence de sa certification doivent être scrupuleusement vérifiées avant la signature de tout devis. Les pièges sont nombreux et sont une cause fréquente de rejet de dossiers.

Étude de cas : les pièges fréquents du label RGE causant des rejets

Les services de l’Anah observent des schémas de rejet récurrents. Dans 28% des cas, le label de l’artisan a expiré entre la date de signature du devis et le début des travaux. Dans 19% des cas, l’artisan est bien RGE pour un domaine (par exemple, l’isolation des combles) mais pas pour un autre qu’il réalise en même temps (comme la pose de menuiseries). Enfin, un problème majeur concerne la sous-traitance non déclarée à une entreprise non-RGE, découverte lors d’un contrôle de chantier (15% des rejets). La solution est donc d’exiger une attestation RGE valide, datée de moins d’un mois, au moment précis de la signature du devis, et de s’assurer qu’elle couvre tous les lots de travaux prévus.

La vérification est simple, rapide et doit devenir un réflexe systématique. L’annuaire officiel de France Rénov’ est le seul outil fiable.

  • Étape 1 : Rendez-vous sur l’annuaire en ligne via le site france-renov.gouv.fr.
  • Étape 2 : Saisissez le numéro SIRET de l’entreprise (mention obligatoire sur le devis) ou sa raison sociale.
  • Étape 3 : Vérifiez trois points critiques sur la fiche qui s’affiche : la date de validité de la certification, la correspondance exacte des domaines de compétence avec les travaux de votre devis, et téléchargez le certificat PDF pour l’annexer à votre dossier.

En somme, le sigle RGE n’est pas une simple formalité à cocher, mais un contrat de confiance tripartite entre vous, l’artisan et l’État, dont vous devez être le garant actif.

À retenir

  • Mon Accompagnateur Rénov’ doit être un allié stratégique indépendant, choisi pour sa compétence et non par défaut.
  • La chronologie des travaux (fenêtres puis murs en ITE, l’inverse en ITI) est une décision financière qui prévaut sur les contraintes de planning.
  • La valorisation personnelle des CEE via un délégataire est une optimisation financière majeure qui ne doit jamais être négligée par facilité.

Isolation par l’extérieur (ITE) : comment traiter les retours de tableau sans changer les fenêtres ?

L’un des défis techniques les plus courants lors d’une Isolation Thermique par l’Extérieur (ITE) sur un bâtiment existant est le traitement des encadrements de fenêtres, et plus spécifiquement des « retours de tableau ». Lorsque l’on ne remplace pas les menuiseries, l’ajout d’une épaisseur d’isolant sur la façade crée une surépaisseur qui laisse le cadre de la fenêtre (le dormant) en retrait, créant un pont thermique majeur et un résultat esthétique discutable. Ignorer ce point revient à laisser une « autoroute à froid » au point le plus sensible de votre enveloppe. Plusieurs solutions existent, avec des coûts et des performances variables.

Le choix de la solution dépend d’un arbitrage entre la performance thermique visée, l’impact sur la luminosité (chaque centimètre d’isolant en tableau réduit la surface vitrée visible) et, bien sûr, le budget. Voici un aperçu des options les plus courantes pour traiter ce point singulier.

3 solutions pour traiter les tableaux en ITE sans changer les fenêtres
Solution Coût/fenêtre Impact luminosité Performance thermique
Profilés de finition PVC/Alu 150-250€ -5% Faible (R≈0,5 m².K/W). Solution surtout esthétique.
Sur-isolation fine (3 cm) 300-450€ -15% Bonne (R≈1,2 m².K/W). Le meilleur compromis performance/coût.
Encadrement rapporté et isolé 500-700€ -20% Excellente (R≈1,8 m².K/W). Crée un nouvel encadrement par-dessus l’existant.

Quelle que soit la solution retenue, elle doit être explicitement détaillée dans le devis de l’entreprise. Un devis d’ITE qui ne mentionne pas spécifiquement le traitement des tableaux, appuis et linteaux de fenêtres est un devis incomplet et dangereux. Pour vous protéger, il est indispensable d’intégrer des clauses contractuelles précises dans le CCTP (Cahier des Clauses Techniques Particulières) ou directement dans le devis signé.

Voici 5 clauses essentielles à faire figurer dans vos documents contractuels :

  1. « L’entreprise s’engage à traiter la totalité des tableaux, linteaux et appuis de fenêtres avec la méthode [choisir : sur-isolation fine / encadrement rapporté…] pour assurer la continuité de l’isolation. »
  2. « Les matériaux utilisés pour le traitement des tableaux devront présenter une résistance thermique R minimale de 1 m².K/W, justifiée par une fiche technique. »
  3. « La finition des tableaux inclura un enduit de même nature et coloris [à définir] que celui de la façade pour un rendu homogène. »
  4. « Toute modification de la méthode de traitement des points singuliers en cours de chantier devra faire l’objet d’un avenant écrit et chiffré avant exécution. »
  5. « Le traitement des ponts thermiques au droit des menuiseries est garanti conforme aux règles de l’art et au DTU 45.2 (norme sur l’isolation par l’extérieur). »

Pour mettre en pratique ces stratégies et obtenir une analyse personnalisée de votre projet de rénovation, l’étape suivante consiste à mandater un Accompagnateur Rénov’ indépendant qui saura défendre vos intérêts financiers et techniques.

Rédigé par Marc Delorme, Ingénieur thermicien diplômé de l'INSA avec 12 ans d'expérience en bureau d'études thermiques. Il est auditeur qualifié pour la délivrance des labels RGE et la réalisation d'audits énergétiques réglementaires. Marc guide les particuliers vers la conformité RE2020 et l'optimisation des subventions.